La banque nationale des semences : Un nouvel acquis fortement nécessaire !

  • Création : 1 septembre 2022

La Banque nationale des semences vient tout juste d’être inaugurée. Celle-ci est plus que jamais nécessaire pour non seulement garantir la pérennité des espèces, mais également la création de nouvelles variétés. Explications !

Cette banque de gènes permettra à l’Algérie de conserver la biodiversité spécifique locale», se réjouit Djamel Belaïd, ingénieur agronome, spécialisé en vulgarisation des techniques innovantes. Selon lui, répertorier les gènes des plantes et des animaux d’élevage est un moyen pour se prémunir contre les maladies, parasites et réchauffement climatique. C’est également un des moyens de contribuer à l’alimentation du pays.

Le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a d’ailleurs qualifié la réalisation de la Banque nationale des semences d’«étape historique», estimant qu’il s’agit d’«un nouveau jalon qui vient consolider notre souveraineté nationale, à travers la consécration du principe de sécurité alimentaire du pays, partie intégrante de notre sécurité nationale». La création de cette banque des semences constitue donc la solution la plus pratique et efficace pour la préservation de la flore du pays.

A cet effet, M. Belaïd raconte : «En 2013, des généticiens des USA, Canada, Australie et Turquie, confrontés à un manque de gènes de résistance aux maladies et à la sécheresse, ont prospecté durant deux mois la zone frontalière entre la Turquie et la Syrie à la recherche de plants de pois chiche sauvage. Sur 21 sites, ils ont collecté des graines de 371 plantes et de l’ADN sur 839 autres. D’ailleurs, le chercheur ajoute que sur ces 21 sites remarquables échantillonnés en 2013 en Turquie, certains ont aujourd’hui disparu du fait de la construction d’habitations, de routes ou de carrières.

L’extinction d’espèces végétales est donc une réalité. Et une telle banque ne peut que garantir la pérennité des espèces. D’autant plus que selon des études, 21% des espèces végétales sont menacées d’extinction. Et ces pertes pourraient priver l’humanité de grandes richesses, les plantes étant une source de nourriture, de molécules thérapeutiques. «En Algérie, la diffusion des variétés de blés à haut rendement contribuent à réduire les surfaces occupées par d’anciennes variétés», affirme M. Belaïd.

Selon lui, certaines variétés de blés durs algériens possèdent des gènes leur conférant des qualités aujourd’hui très recherchées. A titre d’exemple : le blé Bidi 17 assure la confection de pâtes alimentaires de haute tenue à la cuisson. Les variétés Hedba et Mohamed Ben Bachir possèdent des gènes conférant une plus grande longueur de leur coléoptile, d’où une meilleure germination-levée en profondeur et une assurance contre les pluies irrégulières de l’automne. A noter que les gènes de ce type de variétés sont aujourd’hui intégrés dans les programmes de sélection australiens.

C’est pourquoi le chercheur assure qu’en Algérie, intégrer à des variétés à haut rendement par l’intermédiaire de croisements, les gènes de ces variétés locales pourraient permettre de concilier un haut rendement et adaptation à l’irrégularité des pluies. «La Tunisie, par exemple, consciente des qualités des variétés anciennes telles que le mahmoudi ou le biskri, la banque locale de gènes offre un sac de 50 kg de ces semences.

En retour, les agriculteurs s’engagent à en restituer la même quantité après leur récolte, le reste leur appartenant. En 2018, face aux blés d’importation, plus de 80 agriculteurs cultivaient jusqu’à 38 types de semences locales», confie M. Belaïd. Affirmant au passage que la sauvegarde de la biodiversité est également l’affaire des instituts techniques agricoles, des associations d’éleveurs et d’associations écologiques.

A cet effet, il précise : «L’Institut technique de l’arboriculture et de la vigne conserve dans ses vergers des variétés locales d’oliviers. Des associations d’éleveurs sélectionnent les plus beaux béliers de race Ouled Djellal. Des associations écologiques comme torba réalisent des collections de semences paysannes de différentes régions du pays, c’est le cas de la collection Matmoura2 présentée lors de l’inauguration de la banque.»

Stratégie

Si cette banque aura pour missions la conservation et la valorisation du patrimoine génétique agricole, elle sera également en charge sa protection contre le bio-piratage et l’uniformisation des productions agricoles imposées par la mondialisation.

A cet effet, M. Belaïd confie : «Des variétés locales de blé dur auraient été légèrement modifiées et affublées de nouveaux noms en Italie afin de devenir italiennes.» Et d’ajouter : «Au milieu des années 1970, des experts australiens ont proposé de vendre à l’Algérie des semences de fourrage de type médicago originaires d’Algérie.» C’est pourquoi, il estime que la protection des ressources génétiques du pays est indispensable. Pour ce qui est l’uniformisation des productions agricoles, le spécialiste détaille : « On le constate dans le sud avec la production actuelle de maïs fourrager alors que le sorgho fourrager consomme moins d’eau.

On l’a vu dans les années 1970 avec les blés à haut rendement à paille et coléoptile court. Ces blés n’étaient pas adaptés à l’absence de désherbage et au semis à la volée alors dominant localement.» Cette banque regroupera donc une multitude de semences, et à travers elles des gènes. Toutefois, pour M. Belaïd, disposer d’une Banque nationale de gènes n’est que le début d’un long processus. «Les généticiens nationaux disposeront à l’avenir d’une diversité de gènes. Mais encore faut-il qu’une stratégie nationale soit définie afin que ces généticiens puissent s’atteler à la création de variétés locales», assure-t-il.

Et cette création exige plusieurs années ; jusqu’à 8 ans dans le cas de la tomate par exemple. «En France, un des leaders mondiaux, ce sont 73 entreprises de sélection qui investissent annuellement 400 millions d’euros dans la sélection», précise-t-il. Une coopération internationale est donc, selon M. Belaïd, indispensable, notamment dans le cas de la production de semences maraîchères. Il s’agit donc d’explorer l’ensemble des possibilités d’échanges offertes par les instituts internationaux auxquels adhère l’Algérie. «C’est déjà le cas pour l’Institut technique des grandes cultures qui reçoit des échantillons de blé et légumes secs de l’International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA)», précise le chercheur.

Et d’ajouter : «Plusieurs importateurs de semences opèrent en Algérie. Reste à savoir si ces derniers prendront part à la production variétale locale.» Comme dans le cas de l’aviculture et la production locale de poussins issus de souches de parentaux et grands-parentaux, le spécialiste estime qu’il s’agira de remonter dans la chaîne de valeur dans la production de semences maraîchères et la création variétale.

Le but étant un plus grand taux d’intégration de savoir faire local. C’est pourquoi, il juge nécessaire que la stratégie comporte un volet financier. «Une taxe sur les semences importées pourrait contribuer au financement de la production locale de variétés. Cette production locale pouvant être issue d’instituts publics comme de sociétés privées. L’instauration d’un crédit impôt recherche permettrait d’encourager des investisseurs locaux à recruter des généticiens», conclut-il.

 Source: elwatan-dz.com

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