Pouvez-vous nous dresser le bilan du PNDA ? Il est indéniable que ce programme a donné une impulsion certaine à l’ agriculture algérienne qui n’avait aucun programme structuré depuis de nombreuses années. Au-delà du développement des activités agricoles, les subventions accordées par secteurs sélectifs, ont permis un renouvellement du matériel agricole, une amélioration de la production et surtout la création de plus de 700 000 emplois. La promotion de l’irrigation en goutte-à-goutte a permis une rationalisation des ressources hydriques et donc une prise de conscience sur la gestion de notre patrimoine en eau. Tous ces aspects ont aisi eu un effet de levier positif sur l’ agriculture algérienne en général. Quelle orientation préconisez vous pour le développement ? Sans avoir la prétention de préconiser des orientations, si on observe l’ expérience de nos voisins Marocains et Tunisiens qui ont une agriculture et une culture similaires, et d’ après mes expériences dans ces deux pays, il faudrait avant tout concevoir une politique globale de production par segment régional et par famille de produits, afin d’éviter des performances agricoles faibles, ou des phénomènes de surproduction ou de pénurie. Afin d’ encourager les agriculteurs à adopter un type d’ agriculture régionale, il faudra bien sur des subventions ciblées et contrôlées à toutes les étapes du processus. Cette approche serait d’ailleurs l’étape préliminaire pour d’ une part, répondre aux besoins de la consommation nationale et d’ autre part, préparer le plan d’ actions pour l’ exportation. Le programme d’ exportation est une phase très importante car nous aurons à faire face à une concurrence agressive et même si nos produits ont une réputation positive du point de vue gustatif, il faudra malgré tout franchir les étapes du calibrage, du conditionnement, du stockage, de la logistique, du transport, etc...En parallèle il faudra être en mesure d’assurer une étude de marché précise et régulière pour identifier et répondre aux besoins des marchés proches donc européens. La demande de ces marchés est en mutation permanente et il faut être lucide pour admettre que la concurrence a une faculté d’ adaptation rapide à ces changements. En conclusion, si l’ on veut réussir le challenge de l’ exportation, il faudra y mettre les moyens, définir une politique adéquate et choisir les hommes d’ expérience qui gèreront ce programme. Que pensez-vous de ces investisseurs qui s’intéressent au secteur agricole ? Je suis favorable à cette approche, car pour réaliser une agriculture productive et qualitative il faut y mettre les moyens en matériels, en surfaces agricoles et bien sur en hommes. Les investisseurs qui sont prêts à relever ce défi important, devront être encouragés. Il faudrait que des terres leur soient concédées dès lors que leur programme est bien conçu. Il serait logique de favoriser les investisseurs algériens, car leur intérêt est national. Ce qui n’ empêche guère un partenariat avec des sociétés du Maghreb ou d’ Europe qui pourraient contribuer avec leur "know-how" sur le terrain et leur connaissance des marchés à l’export. Le développement de grands projets agricoles n’ est pas incompatible avec l’ agriculture de moyenne étendue, car le tissu agricole algérien est composé en majorité de petits exploitants agricoles et il faudra donc respecter cet état de fait historique. Si l’ on affiche des ambitions à l’ exportation, on pourrait assurer le succès de cette politique, avec une ouverture à l’ exploitation agricole sur de grandes étendues par des investisseurs privés. Quelles sont les mesures incitatives à mettre en place ? Après la douloureuse et coûteuse expérience des fermes étatiques (Réforme agraire), il est clair de nos jours, que le développement du secteur agricole en Algérie ne pourrait être assuré qu’ au travers du secteur privé. Il faudra mettre en place une stratégie agricole qui incitera aussi bien les petits exploitants agricoles que les investisseurs en cultures maraîchères ou industries laitières à investir suivant un programme de subventions réaliste et équitable. Il faudra également alléger considérablement les contraintes administratives et encourager le soutien des banques Si nous sommes prêts à relever le double challenge de l’autosuffisance nationale et de l’exportation qualitative, il faudra y mettre les moyens et je suis convaincu que nous pourrons alors, égaler ou surpasser les performances actuelles de nos voisins marocains ou tunisiens qui sont en avance dans ce domaine depuis de longues années.
Pour retrouver cette interview dans son contexte, consultez le Magazine Agroligne N°49 (p.9)
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